Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /2008 15:50

Finike,  janvier 2008

de l'ordre marchand à l'Ordre Marchand

3ème partie

 

... le fil d'Ariane ...

 

 

« Si j’ai bien toute ma mémoire

disait Dieu dans un coin du ciel,

j’avais commencé une histoire

sur une planète nouvelle, toute bleue

bleue, pour ne pas qu’on la confonde.

 Je vais aller m’asseoir sur le rebond du monde

voir ce que les hommes en ont fait » ...

 Francis CABREL – album « Samedi soir sur la terre » 

 

 

Je vous invite à un étrange voyage ...

 

... imaginez qu'un extraordinaire tour de magie nous propulse là haut, sur un nuage, en des temps très anciens et qu'il nous octroie l'immense privilège de pouvoir suivre les aventures, jusqu'à nos jours, des premiers hommes et des premières femmes ...

 

... prenons place ... asseyons nous sur le bord du nuage ... (merci Francis Cabrel, désolé de vous plagier !)

 

... notre regard couvre l'immense territoire bordé à l'Est par l'océan Pacifique, à l'Ouest par l'océan Atlantique, au Nord par la Mer du Nord, au sud par la mer Méditerranée, ainsi que l'ensemble des terres « méditerranéennes » du continent africain ...

 

... observons ...

 

... il y a bien longtemps ...

 

... la quête de la nourriture, essentielle à leurs survies, condamne au nomadisme des milliers d'unités familiales dispersées sur la surface de la terre ... 

 

... leurs chemins se croisent. Les familles s'opposent, certaines s'anéantissent quand d'autres s'unissent pour constituer clans ou tribus.

 

... plus tard, dès lors qu'ils possèdent quelques rudiments d'élevage et de culture, ces tribus, pour partie se sédentarisent en des lieux propices, quand d'autres préfèrent continuer leur vie de nomades...

 

... au fil des ans, les besoins grandissants issus d'une population croissante conduisent les sédentaires à étendre leur « territoire de vie ». Soumises aux mêmes impératifs, les tribus s'opposent en de violents conflits. Pas une seule tribu ne sera épargnée.

 

Quant aux autres, ceux restés fidèles à leur vie de nomades, ils parcourent de vastes étendus de territoires ... découvrent de nombreux autres peuples sédentaires ... aux us et coutumes différents ... maîtrisant chacun des arts et des techniques spécifiques ... disposant de nouveaux matériaux tels que le cuivre, le fer, l'argent, l'or, ..., tous à l'origine de nouveaux outils de travail, de nouvelles armes ...

 

Certains d'entre ces nomades comprennent l'avantage qu'ils peuvent tirer de leur situation de nomade ... le commerce naît ... avec ... ses premières routes commerciales  ... ses premières «compagnies» ... et deviennent sans l'avoir recherché  ... les premiers messagers ... des nouveaux savoirs, des nouvelles techniques ... avec eux les « nouvelles » se propagent ... à la vitesse du cheval ... du chameau ... du dromadaire ... de la voile sur l'eau ...

 

L' «information » circule ! ... 

 

... et avec elle, les tribus prennent conscience ... que leur survie n'est plus exclusivement liée à l'auto suffisance alimentaire mais qu'elle dépend aussi et dorénavant de leur capacité à défendre leur « territoire de vie »  ... de l'importance de disposer des nouvelles « matières premières », sources de progrès et d'accès à de nouvelles armes.

 

Les plus « sages », parmi les tribus au sous sol peu généreux, se soumettent ou se placent sous la protection d'une tribu plus richement pourvue en « matières premières ». D'autres, plus « fières », s'opposent aux avancées territoriales de ces dernières et sont soit massacrées, soit viennent grossir le cheptel d'esclaves, soit se soumettent. Quand d'autres, plus agressives, tentent de s'emparer des territoires riches en « matières premières » ... quelquefois avec succès ...

 

... les tribus s'étoffent ... forment des peuples ... aux territoires de vie à géométrie variable... royaumes ... empires ...

 

Quant à nos nomades convertis au commerce ... ils découvrent la « concurrence » et, avec elle ... qu'ils ont eux aussi un « territoire » à conquérir ... à protéger ... à faire prospérer ... le « marché » ... et la « part de marché » !

 

Avec ordre et méthode, avec application et pugnacité, telle l'araignée qui tisse sa toile, « l'ordre marchand » bâtit un réseau commercial parfaitement structuré, tel qu'aucun « territoire » n'échappe à ce maillage. Conjointement, nomades et sédentaires organisent cet « ordre marchand », créent de nouvelles villes, sortes de gigantesques comptoirs, dépôts, ou relais commerciaux. De nombreuses marchandises transitent entre Pacifique et Atlantique, entre mer du Nord et Océan Indien ... Extrême Orient (Chine, Mongolie), Russie, Inde, Moyen Orient, Afrique du Nord (donc Afrique centrale) et Europe de l'Ouest sont inter connectés par réseaux commerciaux interposés.

Là-haut sur notre nuage que comprenons nous ?

 

Qu'en ces temps peu éloignés, le monde quasi vierge n'est la propriété de personne ... chacun veut sa part ... cherche sa place ... veut la bâtir ... la conserver ... la consolider ... l'agrandir ... que vies humaines et vie en société se mettent en branle, tentent de s'organiser, de se structurer ... que se combattre semble constituer la principale préoccupation des hommes ...

 

Nous réalisons que c'est ... à la formation de l'humanité qu'il nous est permis d'assister.

 

Cependant, tel l'iceberg, nous n'en percevons que la partie émergée ... celle issue des activités et agitations ... seul le bruit des armes parvient à nos oreilles ...

 

Quant à sa partie immergée, ... ce qui motive les hommes ... les font agir ... les raisons qui justifient leurs actions ... comme leur état d'esprit ... elle nous échappe...

 

... trop éloignés d'eux ... notre chair et notre esprit, à nous humains du 21ème siècle, ont depuis longtemps perdu la mémoire de ces temps lointains.

 

... vouloir comprendre le chemin emprunté par l'humanité nous impose de reconstituer celui suivi par la conscience des hommes.

 

De quoi avaient-ils conscience ?

 

On peut penser qu'aux premiers heures de l'humanité, passé et présent n'avaient aucun sens, car trop semblables.

 

Sa survie face aux grands phénomènes climatiques prime ses actions. C'est la Terre - la matière - en évolution qui impose sa vie à celle de l'homme.

 

Seul le temps de la Terre prévaut ... l'homme, sans repère, ne dispose d'aucun temps en propre. 

 

Il lui faudra attendre plus de 100 000 années ... que la Terre se calme ... ou tout au moins se montre moins agressive envers lui ... pour ne plus s'en protéger et la fuir ... se sédentariser ... là où elle est généreuse ... trouver une « tranquillité » inconnue jusqu'alors ... développer son sens de l'observation ... prendre conscience d'un temps ... répétitif ... annuel ... des saisons ... des récoltes ....récurrent ... par lequel, entre passé et avenir, il vérifie que ce qui existe a déjà existé ... et doit exister à nouveau selon un ordre prescrit ... qu'il sacralisera ... culture et moissons agencent son existence ...  se nourrir ... disposer de réserves jusqu'au prochain cycle !

 

Il a besoin de viande ... fait des échanges avec ses voisins ... troque céréales contre viande ...

 

... pas facile d'échanger un bœuf contre des céréales ! ...

 

... apparaît la première monnaie, constituée ici ou là ... de coquillages ... en tant que décompte et témoin de l'échange ... monnaie sans aucune valeur propre ... l'homme a conscience qu'il peut échanger ce qui est crée ... mais n'a pas conscience de créer quelque chose pour l'échanger !

 

La monnaie d'échange prendra de multiples aspects et formes, pièces et lingots métalliques feront leur apparition, mais toujours dans ce même cadre de conscience de l'homme !

 

Des millénaires et des millénaires s'écouleront ainsi ... lorsque les grecs ... en ce « premier grand siècle des Lumières» (-700 à -500 de notre ère)  vont révolutionner les consciences et ... le commerce. (1)

 

Ils découvrent que si une monnaie a une valeur propre alors elle garantit une contre valeur ... et vont fabriquer des pièces en or marquées d'un sceau qui en garantit le poids constant ...

 

... inutile de les peser ... il suffit de les compter ... 

 

... et du coup, découvrent qu'en faisant des échanges ... ils peuvent obtenir de la monnaie !!!

 

C'est une révolution phénoménale des esprits ... temps et espace se libèrent ... que l'on en juge :

 

... la récolte, (comme le bœuf, le mouton, le cuivre, le fer,....) convertie en monnaie par le marchand peut « perdurer » indéfiniment d'une année sur l'autre ...

 

... le temps s'affranchit du cycle annuel, il n'est plus celui cyclique des récoltes ...

 

... le temps devient illimité ...

 

... pour le marchand (ou négociant) peu importe le terroir d'où provient la marchandise ...

 

... d'ailleurs, peu lui importe cette marchandise ... tout devient marchandise ...

 

... le producteur devient tributaire du marchand ...

 

... l'espace devient illimité.

 

Il n'y a plus de limites ... le « numéraire » ouvre de nouveaux horizons ... à conquérir ... la pensée se libère ... tout  devient infini ...

 

L'infini s'empare de l'homme ...  il le verra partout ...

 

Plongé dans l'extase de l'infini ... subjugué par les fantastiques possibilités qui s'offrent à lui ... l'homme ne prêtera pas suffisamment attention ... au « revers de la médaille » ... (2)

 

... il ne verra pas qu'une partie de cette monnaie prélevée lors de l'échange ne correspond à aucun bien crée ou service rendu (3).

 

... ce faisant, il n'a nullement conscience qu'il introduit dans le corps naissant de l'humanité ... soit un antigène ... soit un antidote ... seule l'histoire apportera la réponse ...

 

Que veut dire et par quoi va se traduire: « qu'une partie de cette monnaie prélevée lors de l'échange ne correspond à aucun bien crée ou service rendu » ?

 

Cela veut dire :

 

- que le «commerce ou négoce» qui achète un produit (quel qu'il soit) pour le revendre, ne produit aucun autre produit, autrement dit, ne produit rien en terme de nouvelle richesse, (4)

 

- qu'au coût d'achat du produit, le « commerce » va y ajouter un supplément qui prend en compte ses frais, son salaire et un bénéfice. C'est ce que devra payer en définitive l'acheteur du produit au marchand.

 

Résumons : le « commerçant » ne produit rien, et bien qu'il ne produise rien, dispose d'un salaire et fait un bénéfice !

 

- que cela revient à prélever du circuit économique une quantité plus ou moins importante de monnaies (d'argent pour employer notre jargon actuel).

 

- que ce prélèvement se fait au détriment de l'acheteur. Son seul effet est d'appauvrir l'acheteur puisqu'il réduit son « pouvoir d'achat ».

 

Prenons un exemple simple pour mieux faire comprendre le mécanisme. Supposons que les 100 élèves d'une commune déjeunent tous à la cantine de l'école. La commune va donc commander 100 repas auprès d'un professionnel de la restauration qui, lui, fera appel aux services d'un livreur. Imaginons que pour couvrir ses frais de livraison, se payer et faire un bénéfice ce livreur prélève 6 « plateaux repas ». Que va-t-il se passer ? L'école ne recevra que 94 repas au lieu des 100 demandés. Autrement dit : six enfants sur les 100 n'auront rien à manger. Je vous rassure ... le directeur de l'école, va partager équitablement les 94 plateaux restant entre les cent enfants. Ce faisant chaque enfant recevra moins de nourriture! Puis il fera le nécessaire afin que les jours suivants 100 plateaux soient bien livrés ! La commune commandera 106 plateaux, payera ces 106 plateaux et répercutera ce surcoût aux familles ... qui verront leur pouvoir d'achat amputé d'autant !

 

C'est exactement le même mécanisme et ses mêmes effets que le « commerce » met en œuvre sur l'ensemble des produits !

 

- ce prélèvement, effectué entre producteurs et consommateurs, constitue pour « l'ordre marchand » une source phénoménale, permanente (sans fin) et sans aucun risque d'enrichissement illimité et ce, quelles que soient les époques et les circonstances.

 

- seul l' « ordre marchand », bénéficie de ce « privilège » incroyable et inique de s'enrichir indéfiniment sans fournir un effort et sans encourir un quelconque risque.

 

Imaginez que j'impose à tous les êtres humains de payer une taxe journalière (ou mensuelle ou annuelle) pour l'air que chacun respire et que je conserve pour mon seul usage personnel le résultat de cette collecte. C'est très exactement ce qui se passe avec « l'ordre marchand » !

 

et va se traduire par :

 

Une impitoyable concurrence. L'intelligence étant le bien le mieux partagé (il n'y a pas que la bêtise) tout le monde va vouloir s'engager dans le commerce. Tout le monde veut devenir « commerçant » ! En réalité, pas « tout le monde » ! En ces temps anciens et jusqu'à la révolution française par exemple, la très grande majorité des êtres humains ne sont pas libres: ils appartiennent aux seigneurs, rois ou empereurs .... Seules quelques tribus et les Grecs notamment se spécialisèrent dans le négoce. Au fil des ans et des siècles d'autres groupes ou individualités émergeront. Il n'est pas difficile de s'imaginer les luttes impitoyables que cette concurrence va engendrer ... pour accéder et maîtriser les mines d'or ... les matières premières  ... pour accroître chacun leur « part de marché » ... pour s'assurer du monopole dans telle ou telle branche d'activité, ...

 

Au cours des siècles « l'ordre marchand » va ainsi accumuler une fortune colossale placée entre les mains d'un nombre de plus en plus restreint d'individus.

 

Retournons un instant sur notre nuage   ... au fait, où en étions nous ?... 

 

 ... « aux premiers matins qui suivent l'invention par Crésus (roi de Lydie) de fabriquer une nouvelle monnaie faite de pièces en or marquées d'un sceau qui en garantit le poids constant » ... (merci au souffleur !)

 

L'or ... matière « noble et rare », jusqu'alors apanage et symbole du chef, change de statut. Il fait la monnaie. Il va faire la richesse sous réserve ... soit de posséder une mine d'or ... ou des « matières premières » ... soit de faire du commerce.

                          

Que je sache, depuis Crésus nul ne s'est enrichi par le seul fait de consommer, même en réglant ses achats avec une monnaie faite d'or !

 

Désormais, or et pouvoir vont se conjuguer de pair.

 

... s'approprier les régions aurifères ... comme les régions riches en matières premières ... disposer d'un accès libre et sûr à la mer Méditerranée (commerce intérieur) ... disposer d'un tremplin en terres nord africaines (commerce avec le reste de l'Afrique) ... et au Moyen Orient (commerce en liaison avec la mer Rouge et l'Océan Indien) ... sécuriser les voies commerciales ... deviennent autant de nécessités absolues pour tous les « royaumes » ... et constituent autant de raisons pour faire la guerre ... guerres et conflits rythment la vie ...

                                                              

 

Rhodes - Palais des Grands Maîtres - coffre- sculpture sur bois


L'important pour les « gouvernants (chefs de tribus, rois, empereurs, califes, sultan, ...) n'est plus de disposer des « matières premières » en tant que de besoins essentiels à la communauté, mais de s'en rendre maître afin de les convertir en cette nouvelle forme de « richesse ».

 

Quant aux « marchands », aux réputations déjà peu flatteuses acquises lors du commerce régis par les «échanges» des siècles précédents, ils n'auront besoin de personne pour leur dicter la conduite à tenir.

 

« Gouvernants » et « marchands » semblent faits ... pour s'entendre.

 

Les premiers ont besoin des seconds pour au moins deux bonnes raisons. La première est que « l'ordre marchand » constitue un incroyable «réseau d'informations». La deuxième est qu'ils ont et auront besoin de leurs réseaux et voies commerciales.

 

Les seconds quant à eux, savent qu'ils ne disposent d'aucune légitimité qui leur permettrait de se rendre maîtres des « matières premières » là où elles se trouvent. Ils ne peuvent ni s'équiper ni disposer d'une armée, puisque ce droit est exclusivement réservé aux « gouvernants ». En vérité, les marchands ne le souhaitent pas ; l'exclusivité du négoce dont ils bénéficient, repose (en ces temps là) sur le respect de la règle de ne jamais s'approprier les « matières premières ». Ils vont donc habilement évoluer dans l'ombre de chacun d'eux et, d'une certaine manière, se « servir » ou se « jouer » d'eux via leurs armées « légitimes » qui leur permettront d'une part, d'accéder à ces richesses et, d'autre part ... d'éliminer les concurrents locaux implantés dans chaque contrée conquise.

 

Des siècles vont s'écouler ... quand ... là-haut, sur notre nuage ... une anomalie capte notre attention, sorte d'écart singulier au processus continu qui s'offrait jusqu'alors à notre regard.

 

Intrigués, ajustons nos jumelles ... zoomons ... zoomons encore ... une parcelle de terre envahit notre champ de vision ...

 

... l'île de Rhodes ...

 

 ... minuscule ... face au géant qui lui fait face, à quelques milles nautiques seulement ... (6)

 

... minuscule ... mais idéalement bien positionnée ... à la frontière extrême du monde « occidental » et du monde « oriental » (moyen oriental) ... passage emprunté et obligé pour toutes les voies commerciales maritimes reliant l'Est à l'Ouest et le Nord au Sud/Est... !

 

Etonnante et stratégique île de Rhodes !

 

... pourquoi subit-elle autant d'attaques violentes alors que, contrairement aux autres contrées, elle vivait en paix depuis plus de 150 années ? ...

 

... là-haut sur notre nuage ... agitation et fébrilité s'emparent de nous... en quels temps sommes-nous ?

 

... début du  XVIème  siècles (de notre ère) ... déjà !...

 

Il ne fait aucun doute que les incessants conflits et guerres polarisèrent notre attention et que nombre d'évènements ont échappé à notre vigilance.

 

... manque un maillon ...

 

... évoluant dans l'ombre des « gouvernants », les évolutions de « l'ordre marchand » furent imperceptibles ...

 

... et ne pûmes discerner l'étape par laquelle il va passer d'un état désordonné à un état ordonné, basculer du statut général d'«ordre marchand » au statut bien particulier d'«Ordre Marchand » parfaitement structuré ...

 

... nous n'avons pas su voir l'Empire BYZANTIN dans ses œuvres de reconquêtes territoriales, commerciales et industrielles ... parvenir ... menaçant ...  aux portes de l'Occident ...

 

... nous n'avons pas su voir l'Empire ABASSIDE prendre le contrôle des terres, des voies commerciales et du commerce du Moyen Orient, de l'Afrique du Nord et ...  de l'Espagne ...

 

... nous n'avons pas su voir que non seulement les ressources de « l'ordre marchand occidental » s'en trouvent considérablement réduites, mais qu'il se voit, lui, condamné à disparaître à brève échéance si rien n'est engagé pour  tenter de le dégager de cette mauvaise posture ...

 

... nous n'avons pas su voir que les « gouvernants » des pays occidentaux (Angleterre, France, Empire Germanique, Italie, Hongrie, Pologne, Russie) empêtrés dans d'interminables conflits internes ou conflits externes de territoire n'étaient pas en mesure d'apporter à « l'ordre marchand » le soutien et l'aide dont il avait besoin !

 

... et qu'ils lui donnérent ... « carte blanche » ... afin de résoudre son problème !

 

Instrumentant la ferveur religieuse (reprendre le Saint Sépulcre aux mains des « infidèles »), s'appuyant sur la misère des plus démunis fascinés par la fausse promesse de trouver fortune, ils réussirent l'exploit de constituer une armée de 600 000 malheureux (gueux) ...

 

... 500 000 hommes recouvrirent le sol de l'Anatolie ... ils ne furent que 100 000 à reprendre, le 21 octobre 1097, Antioche aux Turcs ... pour s'emparer de Jérusalem ... et fonder un royaume franc (latin) en Palestine ...

 

Fortifiés par ce retentissant succès, confortés dans leur stratégie, « l'ordre marchand » profita de cette situation avantageuse pour s'émanciper définitivement du pouvoir royal.

 

S'appuyant judicieusement sur l'Eglise, « ordre marchand » et « Ordre Religieux » créerent à Jérusalem en 1119 l'ordre des TEMPLIERS ... l'« ordre marchand » via l'Ordre des Templiers s'organisa, se structura ...

 

... ainsi naquit ... l'« Ordre Marchand » ...

 

 

 

Croix des Templiers

 

Le roi, par ailleurs fondateur du royaume de Jérusalem, Baudoin I de Boulogne, leur octroie pour siège la mosquée Al-Aqsa s'élevant sur l'ancien emplacement du temple de Salomon (d'où leur nom de Templiers). Officialisé par le Pape Honorius II lors du concile de Troyes en 1128, l'Ordre des Templiers bénéficia d'une indépendance totale par rapport aux rois. Les Templiers ne dépendent que du Pape ! En parallèle, l'Ordre du Temple développa un second ordre: l'Ordre des Hospitaliers (ou des Frères Hospitaliers).

 

Début du XIIIe, l'Ordre des Templiers dispose d'une force militaire impressionnante de 15 000 hommes dont 1500 chevaliers, bien plus que n'importe quel roi aurait pu en lever.

 

Fort des fortunes et avoirs des membres de « l'ordre marchand », l'Ordre des Templiers assure  l'intendance économique de 2000 à 3000 commanderies en Europe, dont 1200 en France. Le Temple de Paris, véritable forteresse, devient le centre des opérations financières pour toute l'Europe Occidentale et le Maître du Temple y réside.

 

En Terre Sainte, il possède une armée régulière et permanente : celle du royaume franc de Jérusalem et  construisent de nombreuses forteresses (Kraks) pour contrôler leurs territoires. Campé sur une hauteur, le Krak permet de surveiller toute irruption des arabes sur la côte. Ce faisant l'Ordre maîtrise la Syrie entière car il isole l'arrière pays de sa façade maritime.

 

L'Ordre immensément riche, se mue rapidement en ce qu'il voulait devenir : une redoutable puissance économique indépendante. Il devient l'une des principales institutions financières du monde occidental. L'Ordre est le banquier de l'Eglise et des rois d'Occident. Il  prête des sommes conséquentes et développe l'attestation de crédit.

 

Mais ... fin du XIIIème siècle la masse populaire s'interroge sur sa légitimité ...

 

... leur inactivité, leur arrogance et leur statut d'"intouchable" jettent le discrédit sur eux ... la méfiance du peuple est attisée par tant de richesses, par le luxe ostentatoire dans lequel vivent certains d'entre eux !!! ...

 

... l'Ordre devient plus puissant que le roi ... la royauté supporte mal de ne pas pouvoir contrôler l'Ordre ...

 

... Philippe IV Le Bel, aux prises avec de graves difficultés financières et en conflit avec la papauté, n'accepte plus que ces puissants et riches chevaliers, installés sur son royaume, ne dépendent que de la seule autorité du Pape ... il s'en suit le procès qu'il intenta à l'Ordre des Templiers ... nombreux ... dont le Grand Maître, périrent par les flammes.

 

Après une ascension fulgurante (1118 - 1308),  l'Ordre du Temple disparaît du royaume de France ...

 

... l'Ordre disparaît... pas l'Ordre Marchand ...

 

... qui ... tel le Phénix ... renaît de ses cendres ... en 1309 ... sous les couleurs des « Chevaliers de Saint-Jean ».

 

Ils se rendent maîtres de l'île de Rhodes et des îles du Dodécanèse (ceinturant l'Anatolie) qui appartiennent aux Grecs... et devinrent ...  les « Chevaliers de Rhodes ».

 

 

Rhodes - Palais des Grands Maîtres

 

Dans les campagnes, la majorité de la population est composée de Grecs autochtones (les « parèques »). Afin d'assurer l'assise sociale dont ils ont besoin, les Chevaliers de Rhodes peuplent toutes les campagnes du Dodécanèse de colons originaires d'Europe occidentale.

 

Les possessions des Chevaliers de Rhodes ne se limite pas au Dodécanèse (Rhodes et autres îles). Ils possèdent d'immenses et riches propriétés dans l'Europe entière, du Portugal jusqu'au Danemark jusqu'à la Hongrie et la Bohème, et de l'Angleterre jusqu'à Chypre.

 

Rhodes se transforme en avant poste de l'Occident et se positionne en tant qu'escale majeure pour le commerce entre l'Europe et l'Orient.

 

Rhodes - entrée du Palais des Grands Maîtres

 


L'Ordre des Hospitalier réapparaît sous une autre forme au sein même de l'organisation des Chevaliers de Rhodes, sous la désignation « d'hospitalier ». Non seulement il avait la responsabilité des soins prodigués aux malades de l'Hôpital, mais il était aussi responsable des services en charge des pauvres, des veuves, des orphelins et des nécessiteux en général. Présentées comme actions purement philanthropiques, ces services constituaient en réalité des soupapes de sûreté au profit des classes dominantes, limitant, dans la mesure du possible, l'apparition d'éléments anti-sociaux et marginaux du fait de la pauvreté. En même temps ces services agissaient préventivement et limitaient les causes d'insurrections populaires.

 

Etablis définitivement à Rhodes, les Chevaliers de Rhodes - « l'Ordre Marchand » - désormais acteur incontournable sur les plans politiques et militaire, va partager de pair avec les autres puissances actives en Méditerranée orientale, les mêmes visées ou presque : l'acquisition de têtes de pont en Asie Mineure et au Moyen Orient et le contrôle des voies commerciales entre l'orient et l'Occident. En 1334 l'Ordre Marchand via les Chevaliers de Rhodes conclue une alliance avec le Saint-Siège, la France, Venise et Chypre.

 

 Rhodes- Palais des Grands Maîtres - Grand Maître

 

Il est curieux de constater que, malgré la haine et l'hostilité mutuelles qui caractérisent les relations entre Turcs et les Chevaliers de Rhodes, elles seront oubliées dès lors qu'il sera question de l'intérêt économique commun. Ainsi, le traité de paix conclu le 2 décembre 1451 entre les Chevaliers de Rhodes et Mehmet II le Conquérant stipule : « les marchands ... se déplaceront ... se livreront à leurs occupations et à leurs négoces sans tracas et sans dangers ... » ... étonnant non ?...

 

Les Turcs prendront la juste mesure du danger que représente la présence des Chevaliers de Rhodes  et engagérent, en 1480, le premier siège de l'île. La bataille, perdue par les Turcs, fut des deux côtés terriblement meurtrière.

 

Ils reviendront un peu plus tard, sous le règne de Soliman et sous la conduite d'Ahmet Pacha, mieux préparés. Le siège durera 6 mois (26 juin 1522 - 2 janvier 1523)  et fera près de 60 000 victimes.

 

A l'aube du 01 janvier 1523, les Chevaliers de Rhodes et 4000 colons quittent l'île de Rhodes en direction de la Crète où ils se réfugient. De là vont en Italie. Pour s'installer finalement sur l'île de Malte où ils continueront à s'opposer à l'Empire Ottoman. Abandonné par l'Ordre Marchand, ils y demeureront jusqu'en 1797, année où Napoléon s'empara de Malte. Ils finirent piteusement à Rome en 1830 pour se consacrer uniquement aux soins des malades.

 

De ses deux premières tentatives, via les Templiers et les Chevaliers de Rhodes, l'Ordre Marchand retira cinq leçons majeures :

 

- la première immédiate : que la maîtrise du Moyen Orient s'avère grandement compromise par les résistances des Turcs et des Arabes et donc incertaine,

 

- la seconde: « qu'il ne faut jamais courir après deux lièvres à la fois »,

 

- la troisième: la discrétion,

 

- la quatrième: la prudence,

 

- la cinquième: la patience !

 

Avec l'échec des Chevaliers de Rhodes, l'Ordre Marchand disparaît du devant de la scène internationale. Il se rangea sagement aux côtés des gouvernants.

 

Par ce que l'accès à l'Orient est désormais incertain, l'Ordre Marchand n'a pas d'autre alternative que de se retourner vers l'Ouest, de relancer le processus qu'il avait initié avec Christophe Colomb et d'investir massivement dans l'exploration de ce « nouveau monde » inconnu.

 

Nombreuses seront les expéditions...

 

... avec elles ... entrerons dans l'ère de la « colonisation » de l'Amérique (du Sud, Centrale et du Nord).

 

... les richesses abondent ... l'euphorie s'empare du monde occidental.

 

... à bout de souffle, son « expansion » bloquée à l'Est, l'Europe Occidentale va retrouver forces et vigueur ... les potentialités et richesses que « l'Amérique » lui offre, dépassent l'entendement d'alors. ...

 

Revers de la médaille : la conquête de ce nouveau continent est source de nouveaux conflits entre pays de l'Europe Occidentale ... chacun veut sa part du gâteau ...

 

 ... gigantesque ruée vers l'or ...

 

... émergence d'un grand pays ...future grande puissance de la planète ...

 

... puis, découverte ... de « l'or noir » ...

 

... nouvelle ruée ...

 

... nouvelles promesses ... nouveaux  eldorados ...

 

... l'Ordre Marchand « revient au pays » ... plus riche et plus fort que jamais ... derrière les Etats-Unis d'Amérique ... protégé du drapeau américain ... s'empare du Moyen Orient et de ses sous sols riches en pétrole ... « colonise » le Moyen orient ... quand l'Europe se contenta de coloniser l'Afrique et ses pays du Nord pourvus eux aussi en pétrole et en  gaz.

 

  

 Notes:


(1) La monnaie métallique apparaît en Occident vers 650 (avant notre ère) chez les Grecs d'Asie Mineure de la Lydie (côte occidentale de l'actuelle Turquie) sous le règne du roi Alyattès. Les premières émissions monétaires sont d'un un alliage naturel d'or et d'argent, l'électrum.

 

Vers 510, le roi de Lydie, Crésus, fit fabriquer des pièces en or marquées d'un sceau qui en garantissait le poids constant. Il devenait inutile de les peser : il suffisait de les compter. Il émet les premières monnaies d'or, les créséides, qui sont à l'origine de sa richesse légendaire ... Nous conservons dans notre vocabulaire le souvenir de ces temps-là : "Toucher le pactole" et "riche comme Crésus" (le fleuve Pactole de Lydie charriait des pépites faites d'un mélange d'or et d'argent, alliage nommé électrum, utilisé pour fabriquer les pièces) .

 

(2) Je ne doute pas qu'à cette époque, en Grèce, il y eut de nombreuses personnalités qui, les unes firent miroiter les avantages et bienfaits, quand d'autres dénonçaient les erreurs et dangers ...

 

(3) ... et qu'il invente et introduit en même temps l'inéluctable inflation.

 

(4) certes le « commerce » pour se réaliser va investir, en local, matériel, ..., va créer des emplois, ..., bref joue un rôle dans l'économie. Mais cela ne change en rien à la problématique de fond.  En bout de chaîne, c'est invariablement le consommateur qui paye la totalité des coûts de revient du commerce : emplois, investissements, charges, publicités, ...

 

(6) l'Anatolie (territoire de l'actuelle Turquie)

Par Pierre GALAND
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus