Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /2008 16:10
Finike, janvier 2008

2ème partie

de l'ordre marchand à l'Ordre Marchand

... une brève histoire en devenir...



Le système économique régissant nos activités constitue-t-il l'une des escroqueries les plus phénoménales de notre humanité ?


Pourtant me direz-vous ... « il» fonctionne depuis « la nuit des temps » !


Et oui ! ... c'est bien pour cette raison qu'il nous appartient, avant de comprendre pourquoi « il fonctionne depuis des millénaires », de nous projeter dans le futur afin de déterminer à quoi ... « il devrait aboutir ».


Pour ce faire extrapolons les évolutions observées au cours de ces 50 dernières années concernant les entreprises, les Etats et les nations.


Quelles évolutions et quels constats faisons nous ?


Je relèverais cinq phénomènes - trois majeurs et deux « accompagnants » - progressant et évoluant en parallèle:

Les trois majeurs :


1 - concernant les entreprises:

Disparition des petites unités de production et développement concomitant d'entreprises de plus grandes tailles. Réduction du nombre de ces hyper entreprises par absorptions, ..., et développement d'entreprises « Multinationales ». Emergence et/ou consolidation de grands groupes financiers contrôlant et maîtrisant ces « Multinationales » et autres entreprises réparties sur la surface de notre planète. Enfin, diminution en nombre des groupes financiers et « entreprises ».


2 - concernant les Etats et le « politique » :

En premier lieu nous assisterons à une réduction drastique de son armée et donc de sa capacité à se défendre. L'Etat, la nation (le pays) et le peuple deviennent infiniment vulnérables.


La construction de la Communauté Européenne se traduit par un transfert croissant des pouvoirs de l'Etat. Il en résulte une diminution tout aussi drastique de ses pouvoirs régaliens et avec eux, une diminution équivalente de ses moyens d'action. Ce sont, en définitive, ses capacités à se conformer aux choix démocratiquement exprimés par le peuple qui lui sont progressivement retirées.


On assiste ensuite à un glissement sémantique extraordinairement étonnant : la notion de démocratie n'est plus celle s'appliquant à l'expression du peuple souverain, mais devient celle de l'expression souveraine du « monde des affaires ». Aujourd'hui un pays est dit libre et démocratique dès lors que le monde des affaires peut y faire ce qu'il veut, comme il veut ! La liberté n'est plus celle des hommes mais celle du monde des affaires : les hommes sont et seront libres si le monde des affaires est libre !


La notion de nation est discréditée, pour finalement disparaître de tout discours politique. Malheur à celui qui en use : en plus de se discréditer, il signe en même temps sa propre « mort politique » !


L'homme politique « classique » disparaît progressivement, partout remplacé par des hommes « mis en place » par le monde des affaires. Sortes d'hommes d'affaires qui, entre autre, ont pour consigne d'épurer les lois du pays, notamment toutes celles qui entravent la totale liberté du capital et de les remplacer par de nouvelles garantissant les libertés dont il a justement besoin.


Les politiques menées par l'Etat ne sont plus le résultat de l'expression démocratique du peuple mais le résultat conjoint des « lobbying » exercés par les intérêts privés sur les élus et d'une pression inouïe et ininterrompue de l'ensemble des médias sur le peuple.


Aujourd'hui en France par exemple, politiquement parlant, il n'y a plus d'idéologie dite de « droite » ou de « gauche ». L'ensemble du monde politique parle le même langage, se situe sur la même « longueur d'onde ». Au point que des élus de « gauche » entrent dans un gouvernement de « droite », épaulent sa politique et cela le plus naturellement qui soit... !!!


En Europe, en l'espace de 50 années, ses deux plus grands Etats l'Allemagne et la France seront défaits, désarticulés, réduits à une quasi impuissance et verront leur dépendance s'accroître en tous domaines.


3 - concernant les nations:

Les nations traditionnelles de l'Europe de l'Ouest (à l'exception de l'Angleterre) « disparaissent » quasiment de la scène internationale, englouties et maîtrisées par la Communauté Européenne. Ce ne sont plus la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne,..., qui se font entendre individuellement sur la « scène internationale » mais la Communauté Européenne.


L'intégration forcée des nations dans la Communauté Européenne aux règlements érigés par le « monde des affaires » est assurée par la mise en œuvre « préalable » de traitements spécifiques destinés à les affaiblir et à faire en sorte que ce soit elles qui sollicitent leur adhésion et donc acceptent les « règles du jeu ». L'Allemagne de l'Ouest, l'ex-Yougoslavie et la Russie ne seront pas épargnées. Savamment orchestrée et dirigée de l'extérieur, préalablement minée en interne, l'explosion de la Russie, fera d'une pierre trois coups; affaiblir considérablement l'Allemagne de l'Ouest obligée de réintégrer et donc d'absorber l'ex-Allemagne de l'Est, l'affaiblissement tout aussi considérable de la Russie, avec notamment la perte pour elle ... des fabuleuses réserves de pétrole encore non exploitées qu'elle disposait dans son sous sol en périphérie des mers d‘Azov et Caspienne ... là où justement ... vont émerger les nouveaux pays issues de cette « explosion » ! Des traitements tout aussi « spécifiques » seront réservés aux « hommes politiques forts en place, mais récalcitrants » !


Un processus semblable est réservé à la Turquie ... ainsi que pour les pays du pourtour méditerranéen. Il est étonnant que nul ne trouve anormal ou à redire que ce soit les occidentaux de l'Europe de l'Ouest qui imposent aux pays méditerranéens de se regrouper selon un processus identique à celui mis en œuvre pour construire la Communauté Européenne et que la dite Communauté Européenne impose de disposer d'un siége et d'une voix dans cette future assemblée !


Quant à la Chine, future grande puissance en devenir, nous voyons pointées sur elle quelques armes redoutables ayant fait leurs preuves ailleurs. Son immense territoire est potentiellement son tendon d'Achille. Il est curieux de constater que jamais dans l'histoire des hommes il n'y eut autant de créations de petits Etats et de guerres civiles ou tribales qu'au cours de ces 100 dernières années, voire ces 50 dernières années !

Concernant les pays d'Amérique du Sud, il n'en est pas un qui, depuis plus de cinq siècles, échappe aux contrôles du « monde des affaires ». Certains voient leur poste suprême (Chef de l'Etat) tenu par des « étrangers », voire brigué par des « bi-nationaux ». Quant à l'Afrique ...


Les deux « accompagnants » :


1 - les « médias »:

Nous assisterons à la disparition progressive de la pluralité d'expression par privatisation de l'ensemble des médias et de la quasi totalité des maisons d'édition (livres). Les « médias » seront livrés au « monde des affaires » qui dès lors gère et distille l'ensemble des informations destinées au peuple.


Nous constaterons, que dès l'instant où un Etat rentre dans le processus de privatiser l'ensemble des médias, il livre irrémédiablement son pays au « monde des affaires » et ce faisant, non seulement se condamne à brève échéance à perdre tous ses pouvoirs, mais condamne son pays et sa culture à disparaître. La privation de l'ensemble des médias d'un pays est l'une des premières manifestations d'une infiltration massive du monde politique et de l'Etat par les forces du « monde des affaires ».


2 - l'instrumentalisation de la morale :

Thème plus délicat à développer, je l'avoue, pour deux raisons. La première par ce que les sujets traités impactent notre sensibilité. La seconde, conséquence de la première; une sensibilité exagérément exacerbée nuit à l'esprit critique et à l'analyse permettant d'accéder au revers de la médaille.


Sous couverts de sentiments les plus généreux, « qui font honneur à l'homme et à l'humanité», nous verrons fleurir et se multiplier les O.N.G. (Organisations Non Gouvernementales : Médecins sans Frontières, Journalistes Sans Frontières, Avocats Sans Frontière, Pharmacie Sans Frontières, ...), nous verrons s'imposer le fameux droit d'ingérence et apparaîtrent les Tribunaux Internationaux.


Curieusement, nul ne remarquera ni ne relèvera l'iniquité de ces deux dernières instances dans la sélection, d'une part des cas relevant de la compétence des dits Tribunaux Internationaux et d'autre part, des situations déclenchant la mise en application de ce fameux droit d'ingérence ! Les constats sont quant à eux éloquents et édifiants; l'un et l'autre, ne seront mis en application que là où des intérêts majeurs tant financiers que géo politiques sont en jeux. Nulle part ailleurs !


Plus étonnant encore, ces ONG et Tribunaux Internationaux, comme le droit d'ingérence se mettront en place et oeuvreront de manière totalement indépendante (du moins en apparence) de tout Etat, sans consultation préalable du peuple souverain ! Mieux encore, on inventera la notion de « Société Civile » pour les justifier. Ainsi, cette nouvelle entité totalement artificielle et vide de tout contenu prendra progressivement la place du « politique », certains tenteront de les intégrer, en tant que représentantes (non élues !) de la « société, civile » au sein de ... l'O.N.U. !


Présentées comme les instruments indispensables et incontournables à la construction d'une société plus juste et respectueuse de tous les hommes, autrement dit le summum de ce qui peut être fait en terme d'action humaniste et humanitaire, nul n'est alors en mesure de les contester ou d'exprimer une quelconque remarque, puisque construites sur une morale par nature irréprochable et donc incontestable ! Ainsi habillées et donc protégées, ces entités oeuvreront à leur guise. Seule la facette officielle est abondamment couverte et relayée par les médias. Quant aux « revers de la médaille », nous en percevrons le bout de son nez via quelques échecs impossibles à dissimuler au grand public.


... que sera demain ?

Demain, nous devrions vivre dans un monde:

- sans nations,
- sans Etats, du moins pas sous une forme connue à ce jour,
- placé sous une seule gouvernance,

cette gouvernance :

- serait assurée par une seule et unique entité, sorte de méga groupe financier (privé) que nous nommerons, avec humour, la « Word Company », en souvenir des Guignols de l'Info !

cette « Word Company » :

- contrôlerait, gérerait et assurerait la production et la fourniture de la totalité des biens, produits, services, ..., dont les humains ont besoin,
- serait l'unique employeur et à ce titre emploierait et rétribuerait tout ou partie des hommes et des femmes en âge de travailler.


Cette extrapolation ultime n'est ni extraordinaire, ni extravagante. La seule chose que l'on peut dire est qu'il nous faudra attendre encore beaucoup de temps avant qu'elle ne se réalise ! Mais en aucun cas elle n'est irréaliste. Elle est simplement logique. Nous aurions pu arrêter notre extrapolation à une situation intermédiaire où 2, 3 ou 4 « Word Company » se partageraient géographiquement l'ensemble du monde : cela ne changerait rien au résultat final.


Maintenant voyons comment peut fonctionner la « World Company ».


Pour payer ses salariés la « Word Company » doit faire rentrer de l'argent dans ses caisses. Jusque là c'est évident ... me direz-vous !


Certes ... oui ! ... mais, avez-vous songé que pour assurer la continuité des salaires versés à ses employés, la « World Company » se doit de faire entrer dans ses caisses ... la totalité des salaires qu'elle a versée, par exemple, le mois précédent. Si ce n'était pas le cas, elle se trouverait alors en situation de déficit, devrait licencier jusqu'à retrouver son équilibre financier ...


...vous l'avez compris, le « système » ne peut fonctionner que si la totalité de la masse salariale revient dans les caisses de la « World Company » !


Sinon, elle s'écroulerait inexorablement.


Quelques conséquences simples:


- il n'est pas permis à la World Company de se constituer une réserve financière. Il lui est impossible de vendre ses produits et services plus chers que leurs coûts de revient. Si elle s'avisait à le faire cela se traduirait par une mise au chômage « équivalente » d'une partie des salariés,
- la notion de spéculation tant au niveau des individus qu'au niveau de l'entreprise n'a pas de sens, par exemple la spéculation immobilière. Un bien immobilier acheté 1 ne pourra pas être revendu 2, 3, ... car engendrerait un déséquilibre préjudiciable à l'entreprise et in fine, se traduirait lui aussi par une mise au chômage « équivalente » de salariés La « création d'argent sans travail » n'a donc ni sens ni réalité,
- impossibilité pour le particulier de faire des « économies » ! Car toute économie réalisée serait un « manque à gagner » pour l'entreprise et engendrerait une mise au chômage équivalente,
- le prêt d'argent est concevable sous réserve que celui qui emprunte dépense l'intégralité du montant du prêt. Un taux d'intérêt est aussi concevable sous réserve que le prêteur dépense l'intégralité du montant des intérêts qu'il perçoit,
- l'innovation, la mise sur le marché de produits nouveaux demanderaient une anticipation, une préparation et une gestion extrêmement rigoureuses. Besoin de nouvelles compétences, de nouvelles unités de production, arrivée d'un nouveau produit sur le marché ... alors que le potentiel « main d'œuvre » n'est pas censé pouvoir suivre instantanément - ou s'adapter exactement à - cette nouvelle demande et que le « pouvoir d' achat » des ménages est déjà totalement absorbé ! ,

 - anecdotique : quels que soient les montants des salaires et avantages financiers que s'accorderaient les dirigeants de la World Company, ils devraient obligatoirement eux aussi être réinjectés en totalité dans le circuit économique afin de maintenir l'équilibre financier de l'entreprise. Dans le cas contraire, même conséquence, cela se traduirait par une mise au chômage « équivalente » d'une partie des salariés,

- ...


... la liste est longue ...


Que veut nous signifier cette extrapolation ?


Elle permet de mettre en exergue l'évidence fondamentale que toute activité créée par l'homme possède ses limites intrinsèques propres auxquelles elle pourra, certes, accéder, mais jamais dépasser.


C'est mathématique, purement comptable.


Nous comprenons et acceptons que les matières premières ne soient pas éternelles, par ce que c'est l'évidence même. Cette évidence sied pour tout ! Pour l'eau, pourtant disponible en grande quantité (mais mal répartie) ... comme pour l'air que nous respirons.


Notre habitat n'est pas infini ! Il est strictement borné ! Plus encore : il est du type à « vases communicants » : nous vivons et évoluons dans un système global naturellement interdépendant !


Il en va de même du « système économique » ... il n'évolue pas dans un milieu infini, mais dans un milieu fini, possédant ses « valeurs aux limites ».


Pourtant « l'économie » fonctionne depuis des millénaires !


Autrement dit, la question que l'on doit se poser est la suivante : comment se fait-il que nous en soyons là aujourd'hui ?


Pour de multiples raisons ... qui se cachent dans les plis de l'histoire ... de notre histoire à nous les hommes ... qu'il nous appartient maintenant d'observer et d'analyser.

Par Pierre GALAND
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