Finike, décembre 2007
de l'ordre marchand à l'Ordre Marchand
prologue
... assembler ce qui est épars ...
Je suis toujours étonné de constater qu'il nous est, à nous les humains, quasiment impossible d'apprécier à sa juste valeur une distance ou une durée. Nous ne disposons d'aucun organe de repérage spatio-temporel, dûmes-nous doter d'outils externes de mesure comptables du temps et de l'espace et usâmes de l'artifice des mots afin d'accéder à ce qui est hors de portée de notre entendement. L'infiniment petit, l'infiniment grand, comme le néant, prirent forme dès lors que nous les nommèrent. Et par ce qu'il s'efface au fur et à mesure qu'il s'écoule, le temps, quant à lui, nous est insaisissable.
Des fenêtres de leur salle de classe, les écoliers de Pau ou d'Orthez peuvent observer et quantifier l'imposante chaîne pyrénéenne que le professeur de géographie leur montre sur une carte de la France. Des Pyrénées ils en ont une perception concrète. Pas des Alpes, ni du Massif Central, ni des Vosges, ..., encore moins des contrées lointaines.
Comme nous, ils solliciteront leur capacité d'abstraction, intellectualiseront nombre de données qui ne resteront ... qu'abstractions. Faisant en sorte que la perception que nous possédons de nombreuses choses n'est que le résultat d'une réflexion intellectuelle adimensionnelle, abstraite et virtuelle, alors que, par exemple, notre habitat la Terre est strictement borné.
L'une des révélations du voyage fut de nous faire accéder à une plus juste mesure de la réalité physique de notre planète, du moins dans sa partie que nous découvrîmes.
Ce faisant et nous concernant, cela eut pour conséquence de mettre en évidence l'incomplétude de nos savoirs. Nous perçûmes la relativité du temps et de l'espace, approchâmes d'autres valeurs que celles prévalant aujourd'hui et réalisâmes que l'homme sédentaire, par ce qu'il est justement sédentaire, se prive sans en avoir conscience d'outils qui lui permettraient d'appréhender l'existence de liens entre ses savoirs..
Le voyage, puissant catalyseur d'intégration spatio-temporelle de nos savoirs, assemble ce qui est épars ...
... jour après jour ... d'escale en escale ... nous vîmes se découdre le patchwork de nos savoirs ...
... jour après jour ... d'escale en escale ... nous vîmes se coudre le puzzle de notre connaissance ...
... in situ ... pluie d'évidences ...
... autre est la réalité.
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Finike, décembre 2007
1ère partie
... Rhodes ...
Nos deux premières années de navigation nous permirent de faire connaissance avec nombre de pays du bassin Méditerranéen.
Nous découvrîmes ainsi l'île de Minorque (Espagne), la Sardaigne (Italie), la Sicile (Italie), l'île de Malte, l'île de Lampedusa (Italie), la Tunisie, la Libye, le bas de la « botte italienne », les îles grecques de la Mer Ionienne, l'île de Crète (Grèce) et la Grèce continentale.
A chaque escale, nous fûmes surpris d'éprouver la même impression et le même sentiment, à savoir que ces terres et ses hommes n'ont pas d'autre vocation qu'une vie pastorale (1).
Jamais auparavant je n'avais pris l'exacte mesure de ce que « vie pastorale » voulait réellement représenter.
Cette notion, à laquelle est associée une vague connotation d'archaïsme, n'était que toute théorique pour nous.
Là, en l'espace de quelques mois, cette puissante réalité s'imposait ...
... et ... comme tant d'autres choses observées au cours de notre voyage ... nous interpella !
C'est donc empreint de cette « vie pastorale » dans laquelle nous étions plongés depuis plus de deux années ... que nous abordâmes l'île de Rhodes.
Le choc fût instantané ! Nous prîmes « de plein fouet » un contraste inouï !
Nous ne sûmes pas immédiatement pour quelles raisons, mais ce fût comme si nous entrions dans un « autre monde ».
Monde irréel, intangible ... et pourtant il existe.
Des gens sortis de nulle part, « de on ne sait pas d'où », posés là sur une terre qu'ils ne regardent pas, qui ne leur ressemble pas, sortes de « zombis » déconnectés de leur environnement ...
Vie factice, irréelle, impalpable ... et pourtant vie.
La visite de la vieille ville médiévale, mais plus encore celle du Palais des Grands Maîtres va, par je ne sais quelle magie, produire un prodigieux déclic; notre « machine » s'est alors mise en branle ...
(1) Nous ferons très exactement le même « constat », quelques mois plus tard, lorsque nous découvrirons ce superbe pays qu'est la Turquie.
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